MÉMOIRES DE FEMMES : MONIQUE & NATHALIE

20 Mai 2022

À la rencontre de deux femmes et de leurs histoires : Monique et Nathalie

 

Monique : Je m’appelle Monique, je suis à la retraite. J’ai 3 enfants. 3 filles.

Nathalie : Nathalie, j’aurai bientôt 50 ans. J’ai 2 enfants. Alors, est-ce qu’on vivait mieux avant ? Ou est-ce qu’on vit mieux maintenant ?

Monique : Moi, je préfère ma vie de maintenant ! Parcequ’avant il n’y avait pas toutes les choses qu’on a en ce moment. Par exemple, il n’y avait pas la voiture. On ne pouvait pas sortir faire un « ti carré » barachois. On était toujours en train de travailler, de faire quelque chose. Alors donc, la voiture c’était allez hop on y va ? c’est parti, enfin si elle veut démarrer (rire).

Nathalie : Moi je suis assez partagée, c’est à dire, en terme de cadre de vie, je pense que par rapport à la nature, on vivait mieux. Par rapport à l’authenticité des relations, je pense qu’on vivait mieux aussi puisque les gens se disaient assez facilement les choses, assez simplement je dirais. Mais en même temps on avait peu d’ouverture. Je me souviens que la première fois où on est allés au cinéma, je devais avoir 14 ans, j’y suis allée voir, parce que l’école l’avait demandé : La guerre du feu.

Monique : Moi pour ma part, quand j’étais petite fille, je n’avais pas de loisirs, rien. Notre loisir c’était d’aller dans la cour faire un petit carré de terrain propre, l’entourer de galets et puis mettre un petit galet au milieu pour faire la table de salon. Mais il n’y avait pas de jouets. En étant petit, on n’avait pas le morceau de pain avec le beurre, le jambon ou bien le pain au chocolat ou aux raisins. J’ai connu ça lorsque j’avais 20 ans, 30 ans mais si non pas du tout. Avant, nous c’était « gazon de riz avec graisse grand matin ». Je ne regrette pas la nourriture d’avant…trop gras. Ah non, je ne veux plus retourner à celui d’avant, non, non, non ! Là, j’ai trop ma liberté, c’est trop bien, c’est trop chouette.

Nathalie : C’est sûr que la modernité a apporté des choses aussi. Qu’est-ce qu’une femme aujourd’hui à La Réunion ?

Monique : La femme elle a un peu changé on peut dire. Maintenant, Elle met des décolletés, des petites jupes, un short. Avant, la femme était plus ou moins cachée. Grande robe avec un chapeau et tout. Mais maintenant, elle est…on va dire…assez souvent un peu nue. Moi, pour ma part, je n’aurai pas mis un truc pareil.

Nathalie : Aujourd’hui, c’est une femme qui s’est libérée mais en même temps je trouve qu’on est toujours en train d’évoluer, dans un positionnement où on a quand-même une responsabilité de quelqu’un qui tient la maison, de quelqu’un qui fait à manger, qui doit penser à tout. Aujourd’hui, c’est la femme qui doit être au top au travail, sinon plus qu’au top qu’un homme et qui doit arriver chez elle et être au top aussi, donc ça veut dire que c’est une femme avec encore plus d’obligations certainement. C’est mieux qu’avant. Je pense que ça viendra, ça va évoluer. Ma fille aujourd’hui, elle me dit, « mais maman moi je ne comprends pas, moi tous les soirs arriver et faire à manger, ça c’est toi mais ça ne sera pas moi ».

Monique : Ça serait mieux si l’homme se mettait un petit peu à aider, à faire les tâches ménagères. Être au moins à l’égalité un peu dans tous les domaines. Peut-être actuellement avec les arrière-petits-enfants, ça sera autre chose. Parce que là, je vois quand-même le mari de ma petite-fille, il s’occupe quand même du petit. Je trouve ça bien. C’est lui quand il arrive le soir qui fait le bain au bébé, donne le biberon. Pour moi, mon mari, c’était « pas question de prendre ce bébé là ». Mais là que ce père là, il peut faire tout. La maman peut sortir une demi journée, il va garder le bébé.

Nathalie : Je pense aussi que notre façon de faire au quotidien est aussi une façon de montrer la bonne voie et le bon exemple. Et puis parler aussi des sujets un peu tabous. La condition de la femme. Interroger l’enfant sur, finalement, « pourquoi c’est maman qui fait à manger à la maison ? Pourquoi elle repasse ? » Et dans ses gestes aussi. C’est lui dire « tu fais ton lit ». En fait la femme réunionnaise, elle n’a pas peur. Elle est combative car malgré tout, ce sont des éternels combats. Se battre pour dire qu’on est femme et qu’on vaut autant qu’un homme. Je pense que même dans le boulot et c’est aussi être fière de porter ses couleurs créoles. Ce sont les traditions, faire la bonne cuisine, ne pas renier son feu de bois parce qu’on travaille, qu’on est manager… Moi j’aime bien le samedi, le dimanche, je fais mon feu de bois. S’il faut tuer un poulet, je tue un poulet et je n’ai pas honte de le dire. Et je pense qu’être femme créole c’est assumer ça aussi.

Monique : Je trouve qu’il ne faudrait pas revenir sur le créole. Le créole on l’apprend à la maison. Mais le créole à l’école, c’est un peu bizarre car assez souvent on vit avec ce créole là . Et intérieurement, on va dire qu’on a un peu honte de parler ce créole. Assez souvent quand une personne parle seulement français, je préfère me taire car je n’ai pas les mots qui arrivent pour parler avec la personne. Je préfère écouter. Là comme ça c’est mieux. Pour moi, avec ma petite éducation, je trouve que j’ai quand même fait de belles femmes, des femmes responsables. Je suis fière de mes filles. Je ne suis pas une maman parfaite mais j’ai quand-même essayé de les éduquer autrement que ce que moi j’ai vécu.

Nathalie : Ma maman, c’est notre pilier. C’est une relation très très forte. D’autant qu’elle a fait maman et papa. Elle était là tout le temps. C’est aussi le modèle, l’authenticité, le travail. Celle qui nous a inculqué des valeurs.

Monique : Avec mes parents c’était à la baguette. Il fallait obéir. La première chose, c’est quand-même travailler pour gagner quelque chose. Là pour mes enfants, j’ai fait un peu la même chose. Pas à la baguette mais préparer une personne pour qu’elle vive bien dans la société.

Nathalie : D’ailleurs c’est une discussion que j’ai eu hier avec mon fils. Je lui disais, « Lucas aide toi et le ciel t’aidera ». Faut qu’on ait le goût de l’effort. Aujourd’hui on est dans une société où on a un peu tout sous la main et on a tendance à donner sans que ça soit désiré et au final l’enfant est content, on lui fait plaisir mais en même temps, au final ça fait quelqu’un qui n’a plus de désir puisqu’il a tout de toute façon. Et qui ne voit pas aussi que pour pouvoir obtenir quelque chose il faut travailler, il faut faire des efforts, il faut le mériter. Ça n’est pas parce qu’on a les moyens, qu’on est dans une bonne école, qu’on donne tout à ses enfants, qu’ils vont forcément réussir. Non… Ça je n’y crois pas, C’est vraiment le goût de l’effort.

Monique : Ça me fait plaisir car ça revient à l’éducation que moi entre parenthèse j’ai eu mais c’était quand même plus dure, plus sévère on va dire. Moi j’ai largué les amarres mais eux ils veulent que cet enfant soit quand-même un adulte bien dans la société. Être poli envers les autres. Aimer son entourage, ses parents, leur rendre service.

Nathalie : Il y a encore des valeurs à défendre. Parce qu’en ayant vécu quelques temps en Métropole. Moi, j’étais très choquée par le fait qu’on ait ces clivages, notamment avec les musulmans alors que non ce n’est pas un problème. Nous on vit ça naturellement. Il y a la mosquée, le soir on entend l’appel. On a la cérémonie tamoule. On est jamais choqué mais jamais ! Et on ne prête pas des attentions à l’un et à l’autre. On ne se pose pas de questions. Ce qui me gêne aujourd’hui, c’est que de plus en plus on veut casser ça et on remet ces différences comme étant des problèmes alors qu’au contraire c’est un enrichissement.

« Alors-moi si j’avais une baguette magique, ça serait ça :
ça serait de faire en sorte que ce qu’on vit ici dans le vivre ensemble qu’on a vécu puisse en fait être partout pareil… Voilà ma baguette magique ! »

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