MÉMOIRES DE FEMMES : JULIE ANNE & JANINE

Direction La Montagne pour découvrir
un beau duo mère / fille :
Janine et Julie-Anne

 

 

Janine : Bonjour, je m’appelle Janine. J’ai 73 ans. Je vis à la Montagne dans les Hauts et j’ai deux enfants Julie et Florence.

Julie-Anne : Je m’appelle Julie-Anne Andrieu, j’ai 36 ans. Je suis maman d’une petite fille qui a 7 ans et demi et je suis entrepreneure.

Janine : Je suis une créole bien sûr mais je vis avec un métropolitain depuis 45 ans bientôt. Bien qu’il est à La Réunion depuis 1966, c’est quelqu’un qui ne parle pas créole du tout qui comprend mais il ne dit pas un seul mot. Donc le français a toujours été chez moi en tout cas, la langue parlée.

Julie-Anne : La première conversation que j’ai eue avec ma mère en créole, c’était il y a quoi… trois ou quatre ans. On était dans une file d’attente, m’a commence koze kréol avec un moune et du coup li la enchaîné et nou la komans koze kréol pendant tout le reste du temps. Elle était normal et après…c’est après coup que ma réalisé qu’en faite « oté mi vient d’avoir ma première conversation avec ma mère à 33 ans, 34 ans quoi ». Est-ce que ou rend compte en fait ? Lé incroyable… non lété une expérience en fait, lété top super. Moi, quand j’étais petite, on m’a empêché de parler kréol en fait. À la maison, nous on n’avait pas le droit de parler créole donc moi j’ai appris à parler kréol avec ma nénenne qui était comme ma deuxième maman un peu et du coup bas il y a ce truc où par exemple ma petite soeur aujourd’hui elle, elle n’arrive pas trop à parler créole alors qu’elle est née ici/ Elle est créole, elle vient d’une famille créole, tous mes cousins parlent créole et quand elle parle créole limite on va se moquer d’elle. Ça m’a manqué quand j’étais ado parce que c’était comme si genre dans ma propre culture, dans mes propres traditions, sur mon propre pays, j’avais l’impression d’être rejetée par des gens parce que zot i kozé kréol et moi non, pas trop. Je n’aimerais pas éduquer mes enfants comme j’ai été éduquée.

Janine : Je ne pense pas que ma fille élève ses enfants complètement de la même façon que moi je l’ai fait. Par exemple l’alimentation : l’alimentation, je pense que mes filles sont beaucoup plus à l’écoute des enfants. Quand nous étions à table, ma mère faisait un repas et on n’avait pas à discuter si on mangeait ou si on ne mangeait pas parce que tout d’abord nous étions 7, Il n’était pas question d’aller faire un truc à quelqu’un qui n’aimait pas quoi que ce soit. Personnellement, moi je n’aimais pas les grains et c’est toujours pareil. Et bien je ne mangeais pas mais j’allais pas ouvrir la bouche pour dire je n’en veux pas. Maintenant les filles demandent à leurs enfants, c’est ce qui m’interpelle.

Julie-Anne : Je crois qu’avant comment on voyait l’enfant, c’était un enfant c’était que un enfant et il devait obéir à ses parents. Aujourd’hui, nous dans… moi j’ai la trentaine et je trouve que dans une phase, je trouve que notre façon d’éduquer aujourd’hui on prend vraiment l’enfant comme une entité comme une personne à part entière et je crois que ce qui est peut-être différent, c’est que et j’en ai parlé avec ma mère c’est que moi je m’intéresse à ma fille. Je lui pose des questions et peut-être qu’avant on se posait pas toutes ces questions là. Et alors est ce que c’est plus simple ? Pas forcément (rire). Ce n’est pas forcément plus simple que d’avoir un petit soldat qui t’obéis mais moi c’est l’éducation que j’ai choisi et je ne regrette pas.

Janine : Ils sont un peu plus à l’écoute de leurs enfants, ça c’est sûr. Dans mon temps on ne me demandait pas mes états d’âme. On ne me demandait pas si j’étais malade, si, si j’étais malade ça se voyez mais le ressenti qu’on avait sur certaines choses c’était des… on ne le disait pas surtout pas à nos parents on allait le dire peut-être aux médecins à l’infirmière de collège des choses comme ça. Un truc simple… le tabou des règles ! alors là, là on ne vous expliquait rien du tout quand ça vous arrivait… aaaaahhh qu’est-ce qui m’arrive ??? on ne racontait pas, on ne racontait pas du tout. On ne disait pas, on ne prévenait pas les petites filles à par contre c’était quelque chose qui m’avait toujours choqué. Une fois que ça vous arrivait et il fallait que tout le monde le sache. Je trouvais très important d’expliquer à mes filles ce qu’il allait leur arriver dès l’âge de 10 ans d’ailleurs parce que ça m’est arrivé à 10 ans, tout expliquer et puis après quand elles ont commencé à avoir des relations, il n’était pas question que je ne mette pas mon grain de sel. J’ai expliqué qu’il fallait prendre la pilule, j’ai expliqué qu’il fallait avoir des capotes dans son sac et que dès que ça a commencé il fallait oui absolument ah oui absolument changer et j’ai mis au goût du jour.

Julie-Anne : J’ai jamais ressenti avec ma mère qu’il y avait un tabou par exemple sur la sexualité. Par contre, on n’a jamais parlé des règles pour elle c’est, à tes règles « nanananana ». Ma mère c’est toujours « oui vous en fait tout un pataquès des règles ». Aujourd’hui pour moi c’est une réappropriation de son identité féminine et de son ancrage en tant que femme dans la société et elle ne comprend pas ça. La relation que j’ai avec ma fille et la relation que ma mère a eu avec moi sont complètement différentes. Je prends un exemple hyper concret parce qu’on en a parlé il n’y a pas longtemps. Moi je suis très « je t’aime mon amour ». Ma fille elle me dit « je t’aime » quatorze fois dans la journée. Moi pareil, on est très câlin et tout… Moi j’ai jamais eu ça avec ma mère. Je sais qu’elle m’aime. C’est ma mère, je ne me pose pas trop la question. Mais ma mère je crois que c’est depuis pas longtemps qu’elle nous dit qu’elle nous aime, enfin avec les mots « je t’aime » comme ça. Je ne sais pas pourquoi.

Janine : À mon époque ça se faisait beaucoup moins et dire je t’aime c’était très dur pour ma mère. À l’époque de dire je t’aime alors qu’elle faisait des choses mais elle faisait de tout mais tout et j’étais admirative. C’est une femme que j’ai admirée toute ma vie et qui me manque toujours même si elle est morte depuis 20 ans.

Julie-Anne : Des fois on ne sait pas en fait comment être un parent et ce n’est pas grave. Souvent je dis un truc, je dis ma mère je sais qu’elle comprend rien de ce que je suis là, elle ne comprend pas, ça la dépasse dans sa conscience et tout, et je pense que c’est elle et je sens, je pense qu’elle se sent dépassée beaucoup… mais ma mère elle m’aime ! Voilà ça, je ne veux, je ne peux pas enlever sa mère. Elle m’aime profondément voilà je pense que des fois elle fait l’impasse sur qui je suis et qu’elle ne comprend pas, juste pour m’aimer comme je suis voilà, même si elle comprend rien mais c’est ok.

Janine : Alors ce qui est important pour moi c’est la première chose c’est transmettre aux enfants le respect d’autrui. Et aussi apprendre aux enfants à savoir qui, ils sont très tôt, très très tôt. On a besoin de savoir qui on est, d’où on vient tout de suite parce que je vois disons dans les amis de ma fille, les plus âgés doivent avoir 40 / 45 ans et je sens par leur démarche… ce sont beaucoup de femmes qui cherchent des coachings de bien-être, des coachings de savoir-être et d’ailleurs c’est l’un des podcasts de ma fille ! Commençons par ma fille qui peut-être que maintenant sait exactement ce qu’elle est, ce qu’elle vaut etc, mais qu’il a cherché pendant plusieurs années donc c’est à cause de ça c’est parce que je sens qu’elles ne savent pas exactement qui elles sont, ni ce qu’elles veulent, ni ce qu’elles valent. Aussi, je pense que depuis l’enfance on doit dire aux petites filles par exemple des trucs très bêtes, un truc simple tu lui dis « oh mais c’est très beau ce que tu as, c’est très bon ce que tu fais ». Toujours valoriser l’enfant de ce qu’il fait !

Julie-Anne : Et ce qui vient aussi faire perdre beaucoup la confiance en soi chez les femmes c’est qu’on n’a pas de modèles féminins. Je prends juste un exemple bête mais dans les bouquins d’histoire à l’école en représentation de personnages historiques qui ont accompli des choses pour l’histoire et ben en fait il y avait trois femmes qui étaient représentées contre je ne sais pas… une trentaine d’hommes. En fait, on représente la moitié de la population mondiale à peu près, un petit peu plus apparemment, et on est représenté nulle part dans les bouquins d’école. Donc déjà si il y a un travail à faire de manière sociétale et gouvernementale pour introduire dans les programmes scolaires une représentation féminine plus importante, oui ça va toucher les filles et les garçons donc est-ce que ça doit toucher principalement les garçons ? Moi je ne crois pas forcément.

Janine : On pense de façon générale, oui les femmes se comportent différemment des hommes dans la vie sociale. Elles ont été un peu, peut-être formatées par leur éducation. La vie de tous les jours vous apprend à vous comporter peut-être de façon plus réfléchie et pour éviter des écueils, pour éviter des fois avec un homme, on a un seul regard qui peut être mal compris, mal vécu, mal interprété.

Julie-Anne : Du coup, il y a énormément de blessures féminines liées à la société et à la façon dont les femmes ont été traitées depuis des milliers d’années qui font qu’aujourd’hui, oui, une femme va se comporter d’une certaine façon et va essayer peut-être aussi de se rendre invisible parfois. Un homme et une femme c’est différent mais est-ce que ça veut dire qu’un homme c’est mieux, une femme c’est mieux ? Non, moi je ne suis pas d’accord. Il y a un truc que je dis souvent « marcher sur ce chemin de la découverte de soi, de la découverte de l’autre, de la découverte du monde, et bien ce sera le plus beau cadeau que tu feras à ton âme dans son incarnation présente on ne racontait pas ». Et voilà si tu arrives à te faire ce cadeau là petit à petit tout au long de la vie, sans pression, sans se dire « ah j’ai besoin d’être parfaite… NON ! l’imperfection fait ta beauté, l’imperfection fait ta magie. Voilà. Être toi même, c’est vraiment le meilleur cadeau que tu puisses te faire et en tout cas apprendre à découvrir qui tu es parce que des fois c’est dur d’être soi mais ne serait-ce que d’entamer ce chemin vers soi c’est le meilleur cadeau de ta vie !

 

Aimez vous ! donner de l’amour autour de vous ! C’est là le maître mot ! Ayez de la bienveillance, de la bienveillance et de l’empathie. 

 

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